Homélie Dimanche de la Pentecôte
Maison Notre-Dame de Bonne Délivrance
Loisy, France
24 mai 2026
Ac 2, 1-11
Jn 14, 23-31
Homélie
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
La fête d’aujourd’hui nous apporte un réconfort et un encouragement particuliers pour vivre cette période difficile pour le monde et aussi pour l’Église, où règnent la confusion et l’erreur sur les vérités fondamentales de notre vie, car elle nous fait célébrer la vérité selon laquelle le Saint-Esprit habite l’Église, habite nos cœurs, toujours, nous guidant, nous protégeant, nous fortifiant et nous conduisant dans notre pèlerinage terrestre vers la demeure éternelle au ciel. Les paroles de l’Introït, tirées du Livre de la Sagesse, expriment de manière admirable cette vérité profonde : « L’Esprit du Seigneur a rempli le monde entier, alléluia ; et Lui, qui contient tout, pénètre le secret de chaque parole, alléluia, alléluia, alléluia »[1] .
Aujourd’hui, le Christ, Dieu Fils incarné, étant monté à la droite du Père, a, avec le Père, répandu le don septiforme de Dieu, le Saint-Esprit, dans l’Église, dans le cœur des membres du Corps mystique du Christ, pour la purification et la sanctification du monde. Depuis la Pentecôte, Dieu le Père et Dieu le Fils incarné ne cessent jamais d’offrir à tous les hommes, jusqu’à la fin des temps, le don incomparable de leur amour fidèle, éternel et vivifiant. Cet amour divin est la seule voie qui nous conduit au bonheur dans cette vie et à la plénitude du bonheur dans la vie à venir.
Méditant sur la mission du Saint-Esprit, qui a commencé avec la Pentecôte, Dom Prosper Guéranger écrit :
Cette auguste mission ne devait être confiée à l’Esprit divin que lorsque les hommes auraient perdu de vue l’humanité de Jésus. Comme nous l’avons dit, il fallait désormais que les yeux et les cœurs des fidèles poursuivent le divin absent d’un amour plus pur et tout spirituel. Or, à lui appartenait-il d’apporter aux hommes cet amour nouveau, sinon à l’Esprit tout-puissant qui est le lien du Père et du Fils dans un amour éternel ? Cet Esprit qui embrase et qui unit est appelé dans les saintes Écritures le « don de Dieu » ; et c’est aujourd’hui que le Père et le Fils nous envoient ce don ineffable[2] .
Les quarante jours merveilleux des apparitions du Christ ressuscité sont terminés ; le Christ est retourné au ciel, à la droite du Père. En ce sens, Il est « le divin absent ».
Mais, en vérité, le Christ, élevé à la droite du Père, reste toujours présent parmi nous par l’œuvre du Saint-Esprit. La présence du Saint-Esprit en nous nous purifie et nous permet de connaître la vérité divine et de vivre l’amour divin. Avant sa Passion et sa Mort, le Christ a assuré que : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure chez lui » [3]. Poursuivant son dernier discours aux Apôtres, il promet l’aide incessante du Saint-Esprit pour vivre en lui et ainsi, avec lui, atteindre le bonheur dans cette vie et le bonheur parfait dans la vie à venir : « Mais le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit »[4] .
En effet, l’Esprit de Dieu habite la terre entière, mais c’est à l’homme d’ouvrir son cœur à Dieu, en permettant au Saint-Esprit d’habiter en lui, de le purifier du péché et de l’animer de la vérité divine et de l’amour divin. Face aux défis quotidiens de la vie, face à la confusion et à l’erreur qui nous privent de bonheur, face à des situations qui nous semblent souvent impossibles, demandons l’aide du Saint-Esprit qui est la seule source de la connaissance de Dieu et de l’amour, grâce à laquelle nous pouvons vivre concrètement la vérité que Dieu met dans nos cœurs. Le don du Saint-Esprit, le « Don de Dieu », contient tout. Sa nature septiforme nous procure toutes les grâces dont nous avons besoin pour connaître, aimer et servir Dieu.
Le Saint-Esprit, qui habite nos âmes ne nous abandonne jamais et ne nous fera jamais défaut. Revenons toujours à l’Esprit Saint, et non à l’esprit du monde, ni aux prophètes de ce monde. Trouvons la vérité et l’amour, qui sont le fondement du bonheur, là où ils se trouvent uniquement, c’est-à-dire dans l’Esprit Saint. Prions chaque jour comme nous l’avons chanté dans la Séquence : « Viens, Père des pauvres, viens, dispensateur de dons, viens, lumière des cœurs »[5] . Prions avec confiance la prière de la messe d’aujourd’hui : « Ô Dieu, qui en ce jour as instruit les cœurs des fidèles par la lumière du Saint-Esprit, accorde-nous de goûter en Lui ce qui est juste et de jouir toujours de sa consolation »[6] .
Le Saint-Esprit, qui est descendu sur les apôtres réunis avec la Vierge Marie au Cénacle, nous réunit ce jour dans ce petit cénacle qu’est cette belle chapelle de Notre-Dame de Bonne Délivrance, afin d’offrir à nouveau nos cœurs au Cœur glorieux et transpercé de Jésus. Par l’œuvre du Saint-Esprit, le Christ rend maintenant sacramentellement présent sur l’autel son sacrifice sur le Calvaire. Assis à la droite du Père dans les cieux, Il ne cesse jamais de répandre dans nos cœurs le don septiforme du Saint-Esprit qui, avec le Père, s’est d’abord répandu dans les cœurs des Apôtres et de tant d’hommes le jour de la Pentecôte. Prions pour que nos cœurs, unis au Cœur Immaculé de Marie, soient toujours, par l’œuvre du Saint-Esprit, purifiés et animés par la vérité divine et l’amour divin.
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
Raymond Leo Cardinal BURKE
[1] « Spiritus Domini replevit orbem terrarum, alléluia : et hoc quod continet omnia, scientiam habet vocis, alléluia, alléluia, alléluia. » Missale Romanum, Dimanche de la Pentecôte, Antienne d’entrée.
[2] Prosper Guéranger, L’Année liturgique, Le temps pascal, Tome III, 17ème éd. (Tours : Maison Alfred Mame et Fils, 1925), pp. 280-282.
[3] Jn 14, 23.
[4] Jn 14, 26.
[5] « Viens, père des pauvres, Viens, dispensateur de dons, Viens, lumière des cœurs ».Missale Romanum, Dominica Pentecostes, Sequentia.
[6] « Deus, qui hodierna die corda fidelium Sancti Spiritus illustratione docuisti : da nobis in eodem Spiritu recta sapere ; et de eius semper consolatione gaudere ». Missale Romanum, Dominica Pentecostes, Oratio.